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Jésus dans le Coran
Nicodème


A Noël le nom de Jésus vient sur toutes les lèvres.
Pour la plupart des Français non croyants il évoque un événement mythologique dont la célébration n’a rien de religieux mais qui est un noble prétexte pour faire la fête.
Pour les croyants il évoque une présence mystérieuse à l’intérieur de l’histoire. Celui dont nous disons qu’il est né à Bethléem s’appelle non seulement Jésus mais « Emmanuel ». Le mot signifie « Dieu avec nous ». Il faut savoir que le nom de Jésus ne laisse pas les musulmans indifférents. « Son nom nous rassemble » nous dit-on souvent. Est-ce aussi sûr ?

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Jésus, un personnage mythique

Il est vrai que le Coran parle de Jésus et de Marie en des termes particulièrement respectueux. La mère et le fils sont inséparables.

La conception est un miracle. La naissance est annoncée par l’ange Gabriel ; on fait savoir à Marie qu’elle enfantera sans qu’elle connaisse un homme. Il suffira qu’Allah dise « Sois » pour qu’un « esprit » s’infiltre en elle et que commence la gestation. Tout se passe alors comme dans un conte merveilleux. Elle se retire au désert pendant le temps de la grossesse et quand son heure fut venue elle s’appuie sur un palmier qui la nourrit de ses fruits tandis qu’un ruisseau coule à ses pieds pour la désaltérer. Cette naissance étonne l’entourage et la suspicion tombe sur la maman ; elle se tourne alors vers le bébé qui – miracle – prend la parole pour sauver l’honneur de sa mère en affirmant qu’il est envoyé par Dieu pour être son prophète.

Devenu adulte, Jésus souffle sur de la terre pour faire naître les oiseaux ; il guérit les aveugles, ressuscite les morts. Et surtout, il annonce la venue de Mohammed devant qui il s’efface puisque parmi les prophètes Dieu opère une hiérarchie. Certes Jésus est un grand prophète mais Dieu le situe en-dessous de celui qu’il a envoyé à La Mecque d’abord et à Médine ensuite. Mais les chrétiens sont impies en affirmant qu’il est Fils de Dieu. On emploie le mot « associateur » pour désigner ce comportement païen qui consiste à unir à Dieu une réalité de ce monde, qu’il s’agisse d’une personne humaine ou du bois dont sont taillées les idoles.

Le respect à l’égard de Jésus s’exprime encore dans la manière dont la tradition envisage la fin des temps. Jésus ne serait pas mort mais enlevé auprès de Dieu. Il viendrait à la fin de l’histoire pour juger tous les hommes ; il mourrait ensuite et ressusciterait pour confier l’humanité à Mohammed.

Trois points font particulièrement difficulté pour les chrétiens. On a déjà évoqué leur refus d’entendre parler de la divinité de Jésus. Mais, d’autre part, le comble de l’indignation du Coran s’exprime à propos de la Trinité qui est profondément méconnue : « Impie est cette affirmation : ’Dieu est la troisième personne d’une Trinité’. Il ne peut y avoir qu’un Dieu unique. » Enfin il est un point particulièrement important qui concerne la mort sur la croix. En réalité, d’après le Coran, les Juifs mécréants n’ont pas voulu suivre le messager que Dieu leur envoyait. Dans leur perversité ils ont voulu le faire taire en le condamnant mais Dieu les a trompés. Il a mis un sosie à sa place sur le gibet et a pris son prophète auprès de Lui. Il n’aurait pas laissé souffrir un serviteur aussi saint. Les Juifs disaient « Nous avons bien tué le Messie, Jésus, fils de Marie, messager de Dieu : Non ! Ils ne l’ont pas tué, ni ne l’ont crucifié, mais furent le jouet d’une illusion ».

Un vrai malentendu

Comment réagir lorsque la rencontre avec des musulmans nous conduit à aborder le sujet ?

Tout dépend du lien qui nous unit à notre interlocuteur. S’il s’agit d’un ami qui ne cherche pas à nous convaincre, n’hésitons pas à dire ce que nous pensons tout en écoutant avec respect ce qu’il peut nous dire.

S’il s’agit d’une relation différente, l’interlocuteur cherche peut-être à nous convertir. Dans ces conditions mieux vaut changer de sujet ou couper court : il sera incapable de nous écouter. De toute façon à ses yeux, seul le Coran est digne de foi puisqu’il est directement dicté par Allah. Certes Jésus avait, lui aussi, été enseigné par Dieu mais les fidèles croyants estiment que les chrétiens ont modifié son message. C’est d’ailleurs pour cela que Mohammed a été envoyé ; il transmet la vérité à l’état pur.

Soyons conscients que ces divergences interfèrent dans la manière de vivre ensemble.

Le fait que Mohammed soit perçu comme supérieur à Jésus entraîne des conséquences dans la manière de vivre en société. Pendant des siècles, dans les pays musulmans, les chrétiens étaient des citoyens de seconde zone, versant un impôt spécial pour payer les campagnes où ils n’avaient pas le droit de combattre. On parle de dhimmitude pour désigner cette condition (le mot « dhimmi » signifie « protégé »). Ne nous indignons pas : dans les pays chrétiens les étrangers, par exemple les juifs, étaient parqués dans des ghettos et dans les pays musulmans, pendant la colonisation, ceux qu’on appelait « les indigènes » n’étaient pas mieux honorés.

Aujourd’hui, en principe, cette ségrégation n’existe plus mais il en reste quelque chose dans l’inconscient collectif. Les chrétiens d’Égypte souffrent d’être marginalisés et contraints de se soumettre aux exigences de la majorité islamique. En France, il arrive que des musulmans ne comprennent pas comment il se fait que les musulmans n’ont pas la première place. Au début des années 80, à un moment où n’existaient pas encore de salles pour cette religion nouvelle, un curé de Paris avait prêté la crypte de son église pour la prière. Quelques fidèles furent choqués ; ils n’admettaient pas d’être relégués au sous-sol alors que les chrétiens étaient au-dessus d’eux.

Le mystère de la croix n’est pas seulement le lieu d’une divergence doctrinale. Il peut être un obstacle à la vie commune. Avant l’indépendance de l’Algérie, un vieil ami musulman avait fait des études secondaires avec de jeunes pieds noirs dans un lycée d’Alger avant l’indépendance. Il avait beaucoup d’amitié pour les élèves catholiques et il manifesta un jour le désir de participer aux activités de l’aumônerie. Il m’a confié qu’en entrant pour la première fois dans leur salle, il fut bouleversé en découvrant un crucifix sur un mur de la salle. Il ne comprenait pas que des garçons aussi sympathiques puissent se réclamer d’une erreur sacrilège à ses yeux. Il faut préciser que la croix est aussi le point de référence des croisés dont la violence a marqué profondément l’imaginaire collectif. Quand il arrive que des musulmans parlent de nous avec méfiance, ils nous traitent de croisés. Pour nous, Jésus est l’homme des Béatitudes : « Heureux les doux ! » Mais notre histoire a caché pour beaucoup cet homme-là !

Par-delà nos divergences

Reconnaissons que nous aurions tort de nous indigner devant la façon de voir de ces disciples du Coran devenus nos voisins. Bien sûr, soyons vigilants ; ne nous laissons pas prendre au piège des fausses ressemblances. Pour nous chrétiens, ne laissons pas nos amis musulmans s’enliser dans le malentendu. Que cette prudence pourtant ne devienne pas condamnation. Depuis Vatican 2, l’Église invite ses fidèles à inventer des relations nouvelles avec les musulmans. Celles-ci ne pourront se nouer qu’à une double condition. D’abord sachons d’où nous parlons : nous ne pourrons nous respecter si nous faisons la grossière confusion entre le même et l’autre. Autre est le regard du Coran sur Jésus autre le message de l’Évangile, n’ayons pas peur de le reconnaître et de le dire : le respect mutuel suppose l’altérité. Par ailleurs il faut convenir qu’au sein de la société laïque nous ne pourrons vivre en frères que par-delà les frontières qui nous distinguent. « Vous ferez des choses plus grandes que les miennes » disait Jésus. Ce disant, il signifiait à ses disciples qu’après lui ils auraient à inventer la manière de vivre. Ils ont eu, de fait, à dépasse, à élargir ce qu’ils avaient appris avec Jésus. De même la conduite à tenir entre les membres de nos deux religions ne peut se réduire à répéter, les uns devant les autres, ce que nous professons. Nous avons à inventer, les uns avec les autres, les conditions qui permettront, dans notre société, de vivre en frères.

Nicodème
Peintures de Soeur Marie-Boniface

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