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Souffrance et mort... face au Dieu qui fait vivre
Arielle (16 ans) et Christine Fontaine


Arielle connaît une personne qui vient de perdre son mari brutalement. Il laisse deux enfants en bas âge. Pourquoi Dieu permet-il cette souffrance et cette mort ? Une discussion s’engage entre Arielle et Christine Fontaine.

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Jésus pleure la mort de ses amis

Arielle : Je connais une personne qui vient de perdre son mari, le père de ses deux enfants de 2 et 4 ans, dans un accident de voiture. Une chrétienne de ses amies lui a dit, pour la consoler : « Dieu met à l’épreuve tous ceux qu’il aime. » Je ne comprends pas que Dieu fasse souffrir des gens pour leur montrer de l’amour. Je préfère être athée plutôt que de croire en un Dieu qui fait souffrir.

Christine : Jésus pensait comme toi. Devant la souffrance d’autrui, surtout devant la souffrance de quelqu’un en deuil, il était complètement bouleversé. Un jour, par exemple, il rencontre une maman ; elle était veuve et conduisait en terre son fils unique. En la croisant, Luc nous dit qu’il en eut « les entrailles retournées ». Il fit en sorte d’ailleurs que le garçon reprenne vie. Jésus avait aussi un groupe de trois amis – deux sœurs et un frère qui n’habitaient pas loin de Jérusalem à Béthanie. Le frère, Lazare, vint à mourir. Jésus arrivant au tombeau éclata en sanglots. « Voyez comme il l’aimait ! », disaient les Juifs, témoins de son chagrin. Le cœur d’un l’homme - Jésus - nous montre le cœur de Dieu : il s’afflige devant la souffrance que produit la mort.

« Heureux ceux qui pleurent » ?

Arielle : Cela ne prouve rien. Il y a des gens qui éprouvent du plaisir à pleurer. J’en connais qui cherchent les films tristes. D’ailleurs Jésus lui-même avait dit « Heureux ceux qui pleurent » !

Christine : Tu as raison de citer cette parole des Béatitudes mais tu ne vas pas jusqu’au bout de la phrase. Jésus dit « Heureux ceux qui pleurent... » et il ajoute : « car ils seront consolés ». Lorsque quelqu’un pleure, il appelle une présence ; il ne peut pas rester enfermé dans sa peine. Toute souffrance est un appel à l’autre. Devant les pleurs de quelqu’un, une personne normale s’approche avec respect, tente de rejoindre et d’apaiser. Celui qui souffre sort alors de sa solitude : « Consoler » signifie : « accompagner celui qui est seul » (cum solo). Quand on s’approche de celui qui pleure, l’amour commence. Si les pleurs sont promesse de consolation c’est dans la mesure où ils appellent et font naître de l’amour.

L’amour plus fort que la mort

Arielle : Cela n’explique pas pourquoi Dieu permet la souffrance. J’admets que si l’humanité comprenait qu’on est au monde pour le bonheur de l’autre, la souffrance pourrait reculer. Mais la mort demeure et même si Dieu ne l’aime pas, il la permet.

Christine : Au lieu de commencer par dire « pourquoi Dieu permet la mort », tu pourrais te demander : « Pourquoi sommes-nous au monde ? », ou si tu crois que Dieu te donne la vie : « Qu’est-ce que vivre humainement, selon ce que dit Jésus-Christ ? » Vivre humainement, dans l’Esprit de Jésus, c’est vivre en étant attentifs non pas d’abord à ses propres attentes mais à celles de l’autre. On ne vit pas pour soi-même mais pour autrui lorsqu’on est vraiment humain. Tant que notre vie ne sera pas entièrement vouée à l’autre, en particulier au plus démuni, la souffrance continuera à faire des ravages.

Le monde vit dans un système où chacun agit en fonction de ses propres intérêts. C’est comme cela que les richesses des pays pauvres sont pillées, que les terres des paysans en Afrique sont expropriées au profit des entreprises mondialisées. Tu vois les conséquences : la faim, les maladies, la mortalité infantile. Il faut faire du profit et la souffrance des peuples est souvent le prix à payer. On pourrait regarder en face les conflits en cours, en Syrie, en Afrique et les analyser à cette lumière. Quand on fait passer l’amour du pauvre avant ses propres intérêts, on accède à la joie. C’est le message des Béatitudes. C’est l’expérience de François d’Assise et de tous les saints.

Dieu ne veut pas la mort !

Arielle : D’accord. Mais cela n’empêchera pas que la souffrance demeurera et que la mort sera toujours la mort même si on réussit à la faire reculer

Christine : Madeleine Delbrel, une chrétienne du siècle dernier, s’interrogeait sur le fait que Dieu n’a pas créé la mort mais qu’il la permet. Elle disait : « Quelle mystérieuse alchimie il y a entre ce que Dieu veut et ce qu’il supporte ». Dieu ne veut pas la mort mais il la supporte. Relis la parabole de l’ivraie et du bon grain : un ouvrier agricole vient dire à son patron qu’on a semé de la mauvaise herbe dans son champ ! Le réflexe du propriétaire est de dire : « C’est un ennemi qui a fait cela ». On ne peut pas dire que Dieu permet la mort. Elle vient de son ennemi ; on l’appelle « Satan ». Par ce mot on désigne les forces du mal qui font obstacle au désir de Dieu. Les larmes de Jésus le disent assez : la mort fait mal. La mort est un scandale que Dieu ne veut pas.

Pour rendre compte de ce mystère l’Eglise affirme deux choses. D’abord, la source du mal n’est pas en Dieu. D’autre part, elle invite à la solidarité et Jésus nous a montré en quoi cela consiste. Il est venu partager notre condition mortelle pour être comme nous et avec nous (« cum solo »). Il a connu la mort comme chacun d’entre nous et il l’a tuée. C’est pourquoi on parle de Résurrection. Marchons à la suite de Jésus. Rejoignons celui qui souffre ; faisons corps avec l’humanité souffrante tout entière. Allons jusqu’au bout de ce que peut l’amour et bien des choses s’éclaireront, du moins l’Eglise le croit. La science depuis quelques dizaines d’années a fait des progrès sensationnels. Si l’amour se déployait avec autant d’intelligence et de force le monde changerait de couleur.

Non seulement nous disons que Dieu ne veut pas la mort mais il l’a vaincue : Jésus, le Fils de Dieu, est ressuscité d’entre les morts. En accepter l’annonce, cela s’appelle la foi. A cause de cela chacun peut transformer sa vie tout entière en cadeau pour le monde : cela s’appelle l’amour. Si nous nous lançons dans cette aventure amoureuse, le monde changera : cela s’appelle l’espérance.

Mort où est ta victoire ?

Arielle : Même si je crois que Dieu a ressuscité Jésus, cela ne veut pas dire que ceux que j’aime ressuscitent ni moi non plus !

Christine : Dès le commencement de l’Eglise, des disciples de Jésus, autour de Saint Paul, doutaient qu’eux-mêmes ou leurs proches puissent ressusciter. Paul se fâche et leur écrit : « Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu (…) Le dernier ennemi qui sera anéanti (par Dieu), c’est la mort (…) Ô Mort, où est ta victoire ? » (1ère épitre aux Corinthiens, chapitre 15)

S’il n’y a que Jésus qui ressuscite, c’est tant mieux pour lui mais, en fait, nous ne pouvons que nous en moquer totalement. Qu’est-ce que peut me faire cette résurrection d’un seul homme si tous les autres doivent être anéantis ? Je dirais plus : cet homme Jésus serait le plus grand des égoïstes et son message d’amour une pure hypocrisie s’il acceptait d’être le seul à ressusciter d’entre les morts ! Témoin d’une victoire pour lui tout seul, il serait venu pour nous narguer et non pour nous sauver comme il l’avait dit. Sa résurrection, si elle ne concernait que lui, ferait de Jésus le Menteur suprême !

Pour ma part, je crois, en m’appuyant sur le témoignage de ceux qui ont suivi Jésus durant sa vie mortelle. Je crois que ce qu’il a dit est conforme à ce qu’il a vécu. Je crois qu’il est « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Je crois que par lui l’Amour est vainqueur de la mort. Je crois, c'est-à-dire j’ai confiance aux paroles de Jésus qui viennent jusqu’à moi.

Rude épreuve pour la foi

Arielle : A cette personne qui vient de perdre son mari, on a dit qu’ils se retrouveraient dans le ciel… pour moi ça ne veut rien dire !

Christine : C’est une manière de dire que l’amour entre eux est plus fort que la mort. Reste qu’il est impossible de concevoir cette vie « éternelle » et on comprend les Corinthiens qui n’arrivent pas à imaginer que la mort n’est pas le dernier mot. Quand on en parle on dit « la vie après la mort »… mais dire « après » c’est encore parler avec les mots qui disent le temps tel qu’on le connaît. On fait de la vie éternelle un autre temps, un temps qui durerait toujours. Mais la vie éternelle n’est pas un autre temps. Elle est l’Autre du temps ! Mystère ! On ne peut rien en dire mais on peut faire l’expérience que l’amour fait reculer partiellement la mort dès maintenant. On peut croire que l’amour de Dieu pour chacun est immense et qu’il « ne passera pas ». On peut espérer qu’il sera plus fort que notre propre mort.

Cependant la mort est toujours une très dure épreuve… Mais ce n’est pas Dieu qui met à l’épreuve ceux qu’il aime ! C’est une très rude épreuve pour notre foi !

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