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Fête de la Sainte-Trinité


Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Jn 3, 16-18

Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique : ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne veut pas croire est déjà jugé, parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.

Nouvelle homélie : Quand Dieu s’en mêle !
Christine Fontaine

"Le dehors du monde est dans le monde"
Michel Jondot

La richesse de Dieu
Christine Fontaine


Quand Dieu s’en mêle !

Celui qui ne veut pas croire est déjà jugé !

« Celui qui croit en Lui échappe au jugement ; celui qui ne veut pas croire est déjà jugé. » Dans une société où les incroyants sont de plus en plus nombreux, la parole de Jésus signifie-t-elle que seul le tout petit nombre des croyants peut espérer le salut ? S’il en est ainsi, votre Dieu et votre religion réservés à une sorte d’élite spirituelle ne nous intéressent pas, disent les incroyants. Quant aux chrétiens, au moins ceux qui sont pères et mères de famille, ils ressentent une inquiétude certaine. Souvent leurs propres enfants ne se reconnaissent plus croyants : sont-ils pour autant voués à être sévèrement jugés ? Ces parents peuvent-ils un seul instant désirer échapper au jugement alors que ceux qu’ils ont élevés seraient condamnés ? S’il en était ainsi, la plupart des chrétiens eux-mêmes refuseraient de croire en ce Dieu et d’adhérer à cette religion. Sauf bien sûr ceux qui ne se soucient que d’eux-mêmes et de leur propre salut. Sauf les incurables qui sont totalement indifférents à ce qui peut arriver aux autres. Dans ce cas seul le parfait égoïste serait sauvé !

Étrange conception du christianisme ! Pourtant Jésus a bien dit que « celui qui ne veut pas croire est déjà jugé » ! Étrange affirmation de Jésus qui semble être en contradiction totale avec tout le reste de l’Évangile ! Comment comprendre par exemple cet autre passage où Jésus déclare : « Venez, vous les bénis de mon Père ; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais étranger, et vous m'avez accueilli… » (Mt 25,34-35) alors que ceux-là même s’en étonnent parce qu’ils n’ont pas reconnu Jésus ?

Celui qui croit est déjà sauvé !

Mais cette sentence de Jésus sur les non-croyants n’est contradictoire avec ses autres paroles que si on la sort de son contexte. Quand on parle, on dit quelque chose mais on le dit à quelqu’un et le contenu est toujours lié à la personne à laquelle on s’adresse. Or, dans ce court extrait d’Évangile, on omet de nous rappeler le point de départ que Jean, pour sa part, prend soin de souligner : « Il y avait, écrit-il, parmi les Pharisiens un homme du nom de Nicodème, un chef des Juifs. » C’est à lui que parle Jésus. Il s’adresse non seulement à un Juif mais à un Pharisien, non seulement à un Pharisien mais à l’un de leurs chefs. On ne peut pas affirmer avec plus de vigueur que cet homme est croyant. Autrement dit Jésus affirme à ce chef des Juifs que sa foi en Dieu ne suffit pas pour obtenir le salut. Pour des croyants comme Nicodème, il ne s’agit pas de croire en Dieu – ce qui est acquis - mais « de croire au nom du Fils unique de Dieu ». Or son nom est Jésus ce qui signifie « Dieu sauve ». Dans le judaïsme – au moins au temps de Jésus – si Dieu est celui qui prend pitié il est aussi le Juge Suprême, celui à qui il faudra rendre des comptes. Jésus demande à Nicodème de croire que « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. »

Nous ne sommes pas chrétiens parce que nous croyons en Dieu. Nous sommes chrétiens si nous croyons en « Dieu sauve », c'est-à-dire en Jésus, Fils de Dieu, Sauveur. Dieu n’est pas l’Être suprême. Il n’est pas non plus un Juge. Il est uniquement Sauveur du monde et de chacun de nous qui vivons en ce monde. La relation que Dieu, par Jésus, veut nouer avec nous est uniquement une relation de salut. Nicodème à peine à le croire. Nous aussi.

Les chrétiens ne croient pas en Dieu de la même façon que les disciples d’une autre religion monothéiste, les musulmans par exemple. Les disciples de Jésus croient que Dieu est Trinité, c’est-à-dire relation. Relation du Père au Fils, du Fils au Père, dans l’Esprit. Relation qui déborde sans cesse de lui-même pour entrer en relation avec nous. Dieu n’est que relation et désir de relation avec chacun de nous. Il n’est pas venu et ne viendra jamais pour nous juger. C’est à ce Dieu là que Nicodème est invité à croire. Jésus lui demande de passer d’une foi ancienne à la foi nouvelle.

Dieu sauve les relations !

Celui qui prend Dieu pour un Juge est déjà jugé, dit Jésus. Il ne croit pas que Dieu veut simplement se communiquer à l’humanité et ainsi la sauver de son enfermement, de sa peur d’être reconnu coupable ou de sa volonté de juger les autres. Il s’enferme lui-même dans le jugement qu’il porte sur lui-même ou sur les autres et il fait Dieu à son image.

Qu’est-ce qu’un juge si ce n’est une personne qui, lorsqu’un litige survient entre deux parties, demeure à distance ou au-dessus de la mêlée ? Dieu ne se situe jamais au-dessus de la mêlée. Il est communication, relation et mise en relation. Il est uniquement communication d’Amour. La foi est le lien qui nous unit à ce Dieu qui ne désire que la relation avec lui et entre nous. Celui qui croit ainsi est sauvé de la peur du jugement de Dieu et du goût mortifère de juger les autres. Il combat tout ce qui fait obstacle à la communication entre les hommes. Il travaille avec tous ceux qui consacrent leur énergie à ce que personne sur cette terre soit exclu des relations.

Dieu-Trinité - Père, Fils et Esprit - n’est pas ailleurs que là où la communication fonctionne. On comprend alors pourquoi Jésus déclare que toute personne qui nourrit un affamé, accueille un étranger, visite un prisonnier est béni de Dieu, qu’il soit ou non croyant. En revanche ceux qui se disent croyants mais réduisent la Trinité à n’être qu’un dogme font la preuve qu’ils ne sont pas en relation avec le Dieu de Jésus-Christ. Croire en Dieu pour un chrétien c’est mettre tout en œuvre pour combattre l’exclusion jusqu’en ses causes les plus profondes. C’est, à la suite de Jésus, désirer envers et contre tout, partout et toujours sauver la relation !

Christine Fontaine


"Le dehors du monde est dans le monde"

Recevoir

La lecture de ce texte me remet en mémoire une journée passée avec un ami. Je connaissais bien son appartement à Paris où je lui rendais visite. Il avait voulu que je le rejoigne, pendant un temps de vacances, dans sa maison de campagne quelque part dans le Morvan. J’avais été frappé par la joie avec laquelle il me faisait visiter cette petite propriété qu’il avait reçue en héritage de ses parents. Tel banc de pierre lui rappelait les discussions avec ses amis au temps de sa jeunesse ! Il me montrait avec admiration un grand amandier ; il avait été planté à la naissance de son fils, vingt ans auparavant. Un morceau de vigne qui n’avait rien de spectaculaire lui tenait à cœur ; il le taillait minutieusement comme il avait vu faire son père avant qu’il ne quitte ce monde. « C’est curieux, me disait mon ami, j’ai moins de confort ici qu’à Paris mais je m’y sens plus à l’aise ». Je comprends aujourd’hui le secret de cet attachement. La beauté de ce qui fait nos vies tient au fait que nous les avons reçus. Recevoir par héritage la maison de ses parents c’est vivre avec la conscience que nous sommes aimés ou que nous avons été aimés. Ce que nous avons reçu est la trace de l’amour que nous portait celui ou celle qui nous l’a donné.

Non pour juger le monde !

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique ; ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas, mais il obtiendra la vie éternelle ». « Ne périra pas ? » Dur à croire !

Il est vrai que l’histoire que nous avons à vivre n’est pas belle tous les jours. Dès ses premières pages, la Bible fait allusion à « la sueur qui baigne le front de l’homme », à l’effort de chaque jour pour échapper à la faim. Il est vrai que l’actualité nous montre la violence qui déchire les peuples, l’injustice des marchés qui dépouille de leurs terres les paysans du Tiers-Monde. Par milliers, de par le monde, des familles sont à la recherche d’un pays où elles pourront commencer à vivre mais elles sont rejetées aux frontières ou englouties au fond des mers. On a l’impression, à certaines époques, qu’un mauvais procès est fait à l’humanité. Celle-ci aurait commis une faute impardonnable et le sort qu’il lui faut subir serait le fruit d’un jugement et d’une condamnation. L’Eglise a parfois été tentée, en parlant du Péché Originel, de tenir des propos de ce genre ; mais l’Evangile de ce jour nous empêche de recevoir sans précaution pareil enseignement : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

Qu’est-ce que croire ?

Certes, il est des jours où le monde semble perdu et chacun connaît des heures où il se considère lui-même comme exclu, condamné ! Oui, la vie est dure, le mal est au travail mais « celui qui croit, dit Jésus, échappe au jugement ». Qu’est-ce donc que croire ?

C’est d’abord écouter. « Ils ont des oreilles et n’entendent pas », se lamente Jésus. Croire c’est d’emblée reconnaître que Dieu parle et que son message est toujours à déchiffrer. Quelle catastrophe quand on croit connaître Dieu sous prétexte qu’on peut réciter par cœur le catéchisme de l’Eglise catholique. Dieu parle, Dieu appelle, Dieu ne cesse d’appeler et la réponse à donner n’existe dans aucun livre.

Croire c’est, en écoutant, recevoir une parole et, tout obscure qu’elle soit, reconnaître qu’elle est parole d’amour, inséparable de Celui qui la prononce. Elle a pris chair en Jésus qui se présente comme son Fils et qui partage nos joies et nos détresses. Croire c’est reconnaître, contre toute évidence parfois, que Dieu, en Jésus est donné au monde. Il en va alors du monde comme de la maison de mon ami. Sa beauté tient au fait qu’en l’habitant nous tentons de reconnaître les traces de Celui qui donne et de Celui qui est donné.

Croire ne va pas sans aimer

Croire, s’il en est ainsi, ne tient pas seul. En reconnaissant que Dieu nous est donné, nous découvrons que nous sommes aimés. Mais l’amour peut se perdre. Si vous possédez un bijou précieux et qu’il tombe dans la mer, qu’importe sa beauté : il est perdu. Si l’amour donné par le Père reste inaperçu aux yeux des hommes, quel gâchis ! Se reconnaître aimés c’est être pris dans un va-et-vient qui nous tourne non seulement vers celui qui donne – le Père que nous venons prier – mais vers tous ceux que son Fils rejoint en priorité : le malade, le prisonnier, l’immigré, l’étranger, le déshérité. Voici un peu plus d’un an, alors qu’un bateau s’était échoué au large de Lampedusa et faisant quantité de morts, le Pape François s’était déplacé jusqu’à cette île où s’entassent les infortunés. Dans son homélie il rappelait avec force que le monde entier était en deuil tant il est vrai que l’amour nous rend proches les uns des autres, d’un bout à l’autre de la planète : « Demandons au Seigneur, disait-il, la grâce de pleurer sur notre indifférence, de pleurer sur la cruauté qui est dans le monde, en nous, aussi en ceux qui dans l’anonymat prennent les décisions socio-économiques qui ouvrent la voie à des drames comme celui-ci. « Qui a pleuré ? » Qui a pleuré aujourd’hui dans le monde ? »

Dieu parle, Dieu donne, Dieu se donne. Autrement dit Dieu est amour. Nous n’affirmons rien d’autre quand nous disons que Dieu est trinité. Certes, nous disons que Dieu est Un mais quelle étrange unité ! Comment aimer sans trouver l’Autre et comment ignorer le mouvement de l’un à l’autre que l’Eglise appelle Esprit-Saint. L’Esprit, l’amour est donné au monde en même temps que le Fils et cette vie, si nous recevons cet amour, est vie éternelle. La vie éternelle n’est pas pour plus tard ; elle traverse cette histoire douloureuse où nous sommes tous appelés à rejoindre ceux qui n’en peuvent plus. Ne soyons pas dupes des mots. Le Royaume des Cieux est hors de ce monde, certes, mais, chrétiens, nous vivons un étrange paradoxe : « Le dehors du monde est dans le monde sans être du monde ».

Michel Jondot


La richesse de Dieu

Richesse et pauvreté en Dieu

Dieu est pauvre !
Il a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique.
Il a tout donné pour que les hommes obtiennent la vie éternelle.
Dieu est riche en Amour,
Dieu est Amour et c'est pourquoi il est pauvre.
Il est tout et il manque de tout.
Il est tout et nous lui manquons.
Dieu manque !
Dieu manque d'amour.
L'Amour manque d'amour.
L'Amour manquera toujours tant qu'un seul fils des hommes
ne croira pas à son amour.
Dieu manquera jusqu'à la fin des temps.

Dieu est riche !
Il n'a pas besoin des hommes.
Le Père est comblé par l'amour de son Fils unique.
Le Fils est comblé par l'amour de son Père.
Il sont tellement comblés l'un par l'autre
qu'en Dieu rien ne manque !
L'Esprit, le mouvement d'Amour incessant
qui va du Fils au Père et du Père au Fils,
dit la plénitude de Dieu !
Dieu se suffit, l'Amour se suffit à lui-même.
L'Amour est aimé et ne manque de rien !

Dieu est riche ! Mais aussi Dieu est pauvre !
Il est riche en Amour.
Il est l'Amour
et il vient communiquer sa vie à ceux qu'Il aime.
Il est pauvre devant les hommes :
en nous donnant son Fis, il désire nous donner toute sa vie,
et nous ne voulons pas la recevoir.
L'Amour n'est pas aimé, au moins pas toujours, par les fils des hommes.
Dieu est pauvre de sa richese que nous ne recevons pas.

Richesse et pauvreté humaine

Nous sommes riches devant Dieu.
Parmi nous, certains n'ont pas besoin de Lui.
Ils se suffisent très bien à eux-mêmes.
D'autres ont besoin de lui
pour obtenir ce qui, provisoirement, leur manque
et pouvoir, dès qu'ils l'ont reçu, se passer de Dieu.
Certains demandent à Dieu les biens matériels ou spirituels
et, s'ils les reçoivent, ils se vantent d'être des gens "bien" sous tout rapport.
Ils retiennent les biens et oublient le Donateur.
Ils sont riches d'eux-même et bien pauvres de Dieu.

"Celui qui croit en Jésus-Christ échappe au jugement,
celui qui ne croit pas est déjà jugé
parce qu'il n'a pas cru au nom du Fils unique de Dieu."

Celui qui croit en Jésus-Christ est pauvre.
Il reconnaît que Dieu est la Vie
et que toute sa vie vient de Dieu.
Celui qui ne veut pas croire est déjà jugé.
Il compte sur lui même et n'a de compte à rendre à personne.
Alors Dieu le renvoie à lui-même :
"Juge par toi-même comme tu le veux,
expose-moi tes mérites et tes vertus.
Dis-moi ce que tu as fait de bien par toi-même!", dit Dieu.
Toute vie et tout bien ont leur source en Dieu.
Tout, hormis le péché, vient de Dieu.
Si nous voulons compter sur nos propres mérites pour être sauvés,
nous sommes perdus :
nous n'avons rien d'autre à exposer à Dieu comme venant de nous-mêmes
que notre propre péché.
Nous sommes déjà jugés.

Riches et pauvres

Dieu a envoyé son Fils dans le monde,
non pour juger le monde
mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.

Dieu a envoyé son Fils pour donner sa vie aux hommes.
Il l'a envoyé par pur amour pour nous sortir de nos prétendues richesses.
Celui qui, constatant sa pauvreté,
son absence de mérite et de vertu,
accepte de paraître les mains vides devant Dieu,
celui-là est sauvé.
Il échappe au jugement.
Il s'appuie sur la foi au Dieu révélé par Jésus-Christ.
Il croit que rien ne peut empêcher l'Amour d'aimer.
Il croit que Dieu est pauvre,
qu'il désire le combler d'amour gratuitement
et non à cause de ses mérites ou de ses vertus.

Celui qui s'appuie sur l'Amour de Dieu pour le sauver,
se reconnaîtra bien pauvre devant Dieu.
Celui-là sera pauvre comme Dieu !
Dieu lui manquera toujours,
car toujours il désirera l'aimer davantage.
Celui-là sera riche de la richesse même de Dieu !
Tout son mérite sera d'être tant aimé,
comme le mérite du Fils est d'être aimé du Père.
Toute sa vie, il la recevra de Dieu par le Fils unique
comme le Fils la reçoit du Père.
Celui qui croit vit dans la mouvance de Dieu,
dans son mouvement, son Esprit.
Par lui la terre devient épousée !

"A l'épouse que tu me donneras, dit Jésus-Christ à son Père,
moi ma charité lui donnerai
afin que par elle, elle voie toute la valeur de mon Père
et comment l'être que je possède de son être je le reçois."
Saint Jean de la Croix

Christine Fontaine