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Christ Roi, 22/11/2015


27ème dimanche ordinaire


Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc
Mc 10, 2-12

Un jour, des pharisiens abordèrent Jésus et pour le mettre à l'épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Jésus dit : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils lui répondirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d'établir un acte de répudiation. » Jésus répliqua : « C'est en raison de votre endurcissement qu'il a formulé cette loi. Mais, au commencement de la création, il les fit homme et femme. À cause de cela, l'homme quittera son père et sa mère, il s'attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu'un. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais ils ne font qu'un. Donc, ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ! » De retour à la maison, les disciples l'interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur répond : « Celui qui renvoie sa femme pour en épouser une autre est coupable d'adultère envers elle. Si une femme a renvoyé son mari et en épouse un autre, elle est coupable d'adultère. »

Nouvelle homélie :
en ligne ultérieurement

La dureté du coeur
Michel Jondot

" Homme et femmes "
Christine Fontaine


La dureté du coeur

Une famille très catholique

Une dame de la bonne société, avait mis au monde et élevé jusqu’à l’âge adulte plusieurs enfants. Une ancienne amie la rencontrant un jour, après un long temps de séparation, lui demandait ce que chacun d’entre eux était devenu ; très fière, la maman interrogée exposait la belle carrière et le beau mariage de quatre d’entre eux. Son interlocutrice insiste : « N’aviez-vous pas une cinquième fille ?» Le visage fermé, la maman réplique : « Celle-là, je l’ai perdue ! » « Serait-elle décédée ? », lui demande-t-on ? Non, cette jeune femme n’était pas morte mais avait divorcé et refait sa vie. Ce faisant elle s’était mise, à en croire le droit ecclésiastique, hors de la communion et, par conséquent, hors de cette famille très catholique.

A cause de la dureté de votre cœur

J’ai eu du mal à croire cette histoire. Quel cœur dur ! Comment la lecture de l’Evangile avait-elle pu briser l’amour entre une femme et sa fille ? Il est vrai que l’Eglise s’est servie du texte d’aujourd’hui pour justifier l’interdit du divorce. Mais il est vrai aussi que l’intention première de Jésus n’était pas de légiférer. On vient le consulter sur une question juridique mais il n’est pas dans le caractère de Jésus de se laisser enfermer dans un problème de droit. Un homme pouvait répudier une femme à peu près pour n’importe quel motif à condition de lui remettre « un acte de répudiation ». Telle était la loi référée à Moïse. Qu’en pense Jésus ? Cet acte de répudiation permettait à la femme de refaire sa vie. Sans cette prescription, l’épouse répudiée était plongée dans une détresse immense, victime de l’égoïsme masculin.

« Est-il permis de répudier sa femme ? » Jésus se situe à un niveau mystique. La loi mosaïque protège la femme de la dureté d’un cœur qui la livrait à la misère. C’est du cœur que Jésus veut parler. « C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé cette règle. » Jésus argumente à partir de l’Ecriture en renvoyant ses interlocuteurs à la création, là où se manifeste le désir de Dieu. « Dieu les fit homme et femme. » Rappelez-vous le récit de la création. Adam, sortant de son sommeil, faisant face à Eve, s’écrie « Os de mes os, chair de ma chair ! ». L’amour naît avec l’apparition de l’homme et de la femme lorsque l’un découvre que sa vie n’est plus en lui-même mais en l’autre. L’amour naît lorsqu’Adam s’aperçoit que son désir le sort de lui-même et que le cœur qui l’habite est dans la peau de l’autre : « Os de mes os, chair de ma chair ! » Quand le désir replie sur soi, l’amour est « adultéré » et le cœur est durci. « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas », disait Pascal. On pourrait dire tout aussi bien : « Le cœur a ses raisons que le droit ne connaît pas. »

Un cœur plein de tendresse

Cette discussion entre les Pharisiens à propos du divorce est suivie d’un épisode qui développe ce danger de voir se durcir le cœur. Les disciples eux-mêmes sombraient dans la malice que Jésus venait de dénoncer. Ils écartaient les enfants qui entouraient Jésus et Jésus se fâcha. Un cœur n’est plus humain lorsqu’il brise une relation mais un cœur devient humain lorsqu’il fait naître la tendresse. Le Maître laisse les petits, tout encombrants qu’ils soient, venir à lui. « Il les bénissait et les embrassait en leur imposant les mains. » Ce faisant, le Fils du Père se manifeste profondément humain.

Ces questions de répudiation et de remariage sont à l’ordre du jour. L’Eglise s’interroge sur sa discipline, c’est sa fonction d’institution mais ce n’est pas celle du baptisé, disciple de l’Evangile. Ce n’est pas même celle des membres du synode, Cardinaux ou moralistes qui devront se référer au texte que l’Eglise médite aujourd’hui mais qui sont, chacun pour sa part, appelés à suivre Jésus. Ceux-là ont aussi à veiller à la dureté éventuelle qui menace leur cœur. Jésus a vécu dans une religion qui courait le risque de s’enfermer dans le légalisme dont il s’efforçait de la sortir pour libérer les forces du cœur. Ne nous laissons pas enfermer dans les arguments avancés pour interpréter la réponse de Jésus aux Pharisiens. N’oublions pas qu’il a fallu longtemps pour que ce dialogue donne lieu à un interdit. Ces questions de divorce n’ont été réglées officiellement qu’au XVIème siècle, lors du Concile de Trente. Des générations se sont nourries de ce texte sans lequel, sans doute, on n’aurait jamais eu de François d’Assise.

Retenons de quel danger Jésus nous préserve : la dureté du cœur. La mise en garde de Jésus est à vivre au sein de chaque famille, bien sûr. Combien de blessures amoureuses seraient évitées si chacun des conjoints comprenait que son bonheur n’est pas dans sa volonté mais dans le désir de celui ou de celle qu’il aime. La douceur du cœur s’impose auprès de ses propres enfants. Combien de vies d’adultes ne sont-elles pas gâchées parce qu’ils ont été mal aimés dans leur enfance ? La dureté du cœur est facteur de malheur ou d’injustice. Mais la douceur du cœur est source de vie et de joie.

Michel Jondot


" Homme et femmes "

Un amour sans loi

En amour, la loi est inutile ; on s’aime ou on ne s’aime pas, mais la loi n’y peut rien. Si l’on s’aime, il n’y a pas besoin de règlements pour protéger l’amour ; si on ne s’aime plus, tous les règlements du monde n’y feront rien.

La loi est non seulement inutile mais elle risque de réprimer l’amour. Combien de couples restent ensemble parce qu’il le faut, parce que c’est la loi. Il n’y a plus d’amour, la cage est vide, l’oiseau s’est envolé, il ne reste que les barreaux sans espoir de renaître à la tendresse d’un autre.

Tout est permis à ceux qui s’aiment, rien n’est possible si on ne s’aime plus. En amour, la loi ne sert à rien. Il n’y a pas de loi qui tienne quand l'amour n'y est plus.

« Est-il permis, demandent les pharisiens, de répudier sa femme ? » « Que vous prescrivait Moïse ? », répond Jésus. « Moi, je vous le déclare, que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni. »

Jésus d’emblée se situe sur le terrain de l’amour et sur celui de la loi. C’est à une question de légiste qu’il répond, et il le fait en demandant aux pharisiens de citer un article de la loi. Jésus affirme la loi, une loi qui vient de Dieu ; il l’affirme dans sa vigueur première. Ainsi, nul doute ne peut subsister : il y a bien une loi en la matière, une loi qui n’admet ni compromis, ni compromission. Les choses sont claires : pour Jésus on ne peut faire n’importe quoi ; il n’y a pas d’amour sans loi.

Une loi sans amour

« Je vous le disais bien, murmurent déjà certains chrétiens, il faut se rendre à l’évidence, il n’y a pas à transiger. Il faut juger, condamner, exclure même ceux qui ne se soumettent pas. Il faut protéger l’Eglise, surtout dans ces temps difficiles, et ne pas laisser le loup entrer dans la bergerie. »

A ceux qui murmurent ainsi Jésus répond qu’il y a une loi en amour, c’est vrai, mais que devant cette loi, nul ne peut s’ériger en juge. Quand on se met à juger les autres en se prévalant de la loi, on se couvre de ridicule.

Un jour les pharisiens abordèrent Jésus et pour le mettre dans l’embarras, ils lui demandent : « Est-il permis à un mari de répudier sa femme ? Moïse pour sa part avait permis d’établir un acte de répudiation. » Voici des hommes qui parlent du couple et de l’amour. Voici un groupe d’hommes qui, muni de la loi de Dieu, s’arroge le pouvoir de juger les autres, le pouvoir de juger… les femmes. Ils se demandent dans quels cas certaines femmes peuvent être répudiées.

A l’époque, en effet, les maîtres de la loi s’interrogeaient. Ils ne se demandaient pas si l’on pouvait répudier sa femme, c’était communément admis. Ils ne se demandaient pas non plus si une femme pouvait répudie son mari, c’était totalement impensable. Ils s’interrogeaient le plus sérieusement du monde pour savoir quels reproches étaient suffisants pour obtenir un acte de répudiation. Et, selon les écoles, on hésitait : il faut un délit d’adultère, dit l’école de Schammaï ; il suffit d’être amoureux d’une autre ou d’une simple déception culinaire, telle qu’un plat brûlé, dit l’école d’Hillel. « Et si une femme voulait répudier son mari… ? » insinue Jésus

Une dépendance mutuelle

Voici donc un groupe d’hommes qui se veut juge, garant de la loi qui fait les couples. Ils veulent, dans le couple, veut juger le comportement de l’autre, celui de la femme. Ils se veulent maîtres de la loi qui fait les couples. A ceux-là, Jésus dit : « Au commencement de la création, Dieu vous fit homme et femme. A cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère et tous deux ne feront qu’un. »

Jésus fait droit à l’autre, droit à la femme. A l’époque en effet, il était normal que la femme quitte son père et sa mère pour aller habiter la maisonnée de son mari, mais il n’était pas pensable que l’homme aussi ait à quitter ses père et mère. Et Jésus ajoute : « Celui qui renvoie sa femme est coupable d’adultère, de même que la femme qui renvoie son mari. » Jésus oblige les hommes à considérer l’autre dans le couple, à considérer la femme comme un partenaire qui a autant de droits qu’eux-mêmes.

Jésus affirme la loi de Dieu dans toute sa vigueur. Dieu désire l’unité du couple. Mais il n’y a pas d’unité dans le couple tant que les droits de la femme ne sont pas respectés autant que ceux des hommes. Jésus oblige les pharisiens à se soumettre à la loi autant que les femmes. L’homme aussi, dit Jésus, doit quitter père et mère ; la femme aussi pourrait avoir envie de répudier son mari. Reconnaître la loi de Dieu, c’est accepter d’être ensemble soumis à cette loi, c’est accepter de ne pas juger l’autre dans le couple comme si on n’était pas soi-même compromis. S’il y a une loi en amour, c’est bien celle qui interdit de juger l’autre… ou les autres couples… ceux qui, n’en pouvant plus, sont parfois acculés à se séparer !

Christine Fontaine